Younès Ben Slimane
Le film s'organise autour d'une question de deuil : quels gestes nous restent-ils pour reconnaître qu'une vie a existé, quand les morts deviennent anonymes et leurs traces fragmentaires ? Il revient sur le paysage du bagne en Guyane française, où les vestiges architecturaux se trouvent dans des états inégaux de disparition: envahis par la végétation, mi-recouverts ou restaurés. Filmer ces architectures, c'est porter attention à ce que le temps efface ou préserve inégalement.
Les fleurs artificielles déposées sur les tombes de Saint-Laurent-du-Maroni introduisent un contretemps : elles imitent le vivant sans se décomposer, suspendant l'apparence de la vie. Par le montage, les déplacements et les recouvrements, Ben Slimane leur invente pourtant un cycle artificiel de transformation, remettant en mouvement ce que le plastique cherchait à figer.