Mona Benyamin
Unravel est une installation vidéo prenant la forme d'un film d'horreur qui se replie sans fin sur lui-même. Sur deux écrans et quatre enceintes, une même partition musicale relie deux mondes en apparence étrangers l'un à l'autre. Sur l'un, un chœur interprète une adaptation chorale du Boléro de Ravel, nourrie des traditions vocales arabes et arrangée par Manar Hashmi. Sur l'autre se déploie un récit teinté d'horreur, porté par les parents de l'artiste, Michel et Nahia Benyamin. Le geste du chef d'orchestre lance à la fois le chant et le mouvement : dès la première note, le couple sort de la voiture pour rentrer chez lui, traqué par une caméra menaçante, porté par le crescendo si reconnaissable du Boléro. La poursuite s'intensifie jusqu'à une course effrénée dans un escalier en colimaçon. Le son agit ici comme un mouvement de caméra : il façonne le récit et s'impose comme un protagoniste à part entière. Tandis que les voix du chœur se dissolvent en cris sans mots, en hurlements chantés adressés à un public absent, les parents de l'artiste apparaissent, selon les mots du théoricien du son Michel Chion, comme des figures « sans voix » : ni muettes ni silencieuses, leurs bouches restent grandes ouvertes sur des cris que le film refuse d'entendre — signe d'une impuissance plus profonde encore, face à une violence qui ne cesse pas.
2026
Installation vidéo à deux canaux, son à quatre canaux, 10 min